La F1
et le Piratage
Piratage
ou communication ?
Les ordres qui sont transmis à la voiture lors des courses sont, en
général, validés par le pilote. Les données sont donc envoyées par la
voiture, analysées dans les stands, et, le cas échéant, un ordre est
renvoyé à la monoplace pour effectuer tel ou tel changement de
cartographie, d'optimisation moteur, de richesse d'essence, à un endroit
donné du circuit. Normalement, le pilote est averti qu'une modification
a été effectuée. Cette modification proposée par les ingénieurs de
course se retrouve stockée dans une mémoire et seul le pilote peut
valider ce changement. Le danger peut apparaître dans la mesure ou
l'ordre envoyé se retrouve brouillé, il peut y avoir une véritable
confusion entre le stand et la voiture. On ne risque pas de voir des
moteurs tourner sur 5 cylindres au lieu de 10... ou alors, il y a un
véritable tour de force ! Le système de communication employé est, dans
son principe, semblable au GSM. Les ordres ne sont pas envoyés sur une
seule fréquence mais sur plusieurs qui changent à chaque communication,
ce qui restreint les risques de piratage. Ensuite, tout est contrôlé.
L'ordre va vers la voiture, une fois arrivée, le stand reçoit un signal
de bonne réception ainsi qu'une confirmation du pilote sur la validité
de l'ordre. Dans le pire des cas, le processus de modification est
stoppé et le pilote roule sans... comme cela se faisait avant 1993.
De nouveaux règlements en Formule 1 remis à jour en 2002 permettent aux
équipes d'utiliser des ordinateurs pour contrôler tous les aspects
électroniques de la voiture. Cette technologie est celle de la
télémétrie bi-directionnelle. " Il y a un risque pour de piratage
", a reconnu Sam Michael, ingénieur pour l'écurie Williams. " Si le
système n'est pas codé correctement, il y aura danger. De faux messages
pourraient alors être envoyés. Le pire qu'il pourrait arriver serait que
le moteur réagisse moins bien, mais la vie du pilote ne serait jamais en
danger. " (Source : AFP). L'un des ingénieurs de chez Jordan, Gilles
Flaire, un ancien fonctionnaire des services de renseignements français,
croit que la télémétrie bi-directionnelle pourrait être la cible de
pirates et causer "un désastre". Cet ingénieur pas comme les autres
était déjà apparu en 2001 quand Ron Dennis avait demandé à Bernie
Ecclestone s'il savait qui " espionnait " l'écurie Mc Laren.
Ces deux hommes auront d'ailleurs une réunion avec Gilles Flaire, qui
était déjà présenté à l'époque comme un spécialiste des interceptions
radio.
L'Electronique
embarquée : Pas toujours fiable
L'électronique embarquée est blindée pour éviter des interférences
électromagnétiques. Cette technologie est d'ailleurs soumise par les
constructeurs à des tests CEM (Comptabilité électromagnétique). Il
s'avère cependant que des "problèmes" peuvent apparaître. Le magazine
Auto Journal, expliquait, voilà quelques temps, qu'une Mercedes Classe S
s'était retrouvée clouée au parking car cette dernière avait été garée
trop prêt d'une ligne de T.G.V.
Le Forum
F1Team explique quant à lui que sur l'île de Ré, le phare des Baleines,
cloué sur place les voitures sophistiquées garées à proximité. D'autres
voitures, sur cette même île, voyaient la condamnation électromagnétique
de leurs portes mises hors services.
Pourquoi ? La puissance des ondes émises par le système Siledis de
radionavigation marine perturbait l'électronique embarquée des
automobiles. Ferrari, de son côté, va découvrir en 2001 que certaines
perturbations touchant ses F2001 en essais a Fiorano étaient dues à
l'utilisation massive de téléphones WAP par les tifosis massées à
l'extérieur du circuit. Dans la même ambiance, Claudio Berro,
porte-parole de la Scuderia explique : "En rallye, il a même été
découvert que le pilote et le copilote coupaient le moteur lors de leurs
conversations via leur radio-émetteur." Plutôt gênant, surtout en
pleine course.
Tabou
à 300 KMH
Soyons honnête, le risque est bien réel et le sujet est Tabou chez les
pros de la F1 mais il faut modérer les propos de certains car les
risques de piratage informatique comme nous pouvons les connaître sont
relativement faible à ce niveau de compétition. L'argent engagé, la
technologie employée et un personnel ultra-compétent font qu'il y a peu
de chance de voir des grand-prix sabotés par une personne tiers. Mais
les systèmes codés et sécurisés sont toujours, à un moment ou un autre,
faillible. L'interaction d'un "pirate" peut donc casser et d'interférer
sur le processus bi-directionnel entre les stands et la voiture. "La
plus grande crainte des équipes n'est pas de se faire "pirater" et de
voir les voitures "brouter" ou caler en pleine course, mais de voir les
systèmes de transmission être brouillé et l'interactivité entre le
pilote et l'ingénieur inutilisable." dixit un ingénieur de chez l'ex
team Prost Grand prix que nous avons interrogé pour ce reportage.
Aujourd'hui, le matériel employé par les Teams de F1 ressemble plus à du matériel militaire, ou d'espionnage, qu'à de la Citizen Band. La parano est une partie intégrante du grand cirque de la F1 et l'on peut être certain d'entendre, dans le courrant de la saison, que certaines équipes trichent ou espionnent leurs voisins... C'est monnaie courante et chaque année, le même genre d'affaire revient sur le tapis. L'année dernière une rumeur affirmait que les déboires de McLaren avaient été dus à un pirate fan d'une équipe adverse et qui, depuis le bord de piste, faisaient caler les voitures sur la grille de départ. Aujourd'hui, on peut dire que c'était assez "fantasque" de raconter ce genre de chose tant il parait peu probable de voir ce genre d'action commise par une personne seule. Comme vous avez pu le voir, il faudrait une structure et une organisation incroyable pour arriver à mettre "le souk" dans l'informatique embarquée des voitures. Le laps de temps pour opérer est trop court et les courses durent rarement plus de deux heures. Les contrôles militaires avant la course et le fait que la procédure bi-directionnel soit lancée au dernier moment amenuise une tentative de piratage durant la course. La probabilité de réussite d'une telle action parait très faible ou alors, via un brouillage ponctuel et personne ne s'en rendra véritablement compte. La F1 est fière comme Artaban, et un top-team n'avouera jamais s'être fait " embêtée " par un pirate, professionnel ou non. Si certains pensent regarder les Grands Prix en espérant voir des voitures "folles" rouler à contre-sens de la piste, il y a fort à parier que ce ne sera pas pour ce week-end, autant faire picoler les coureurs !
Source: Zataz Magasine